SEPTFONDS

Un village du Bas-Quercy en Tarn-et-Garonne, ancienne bastide du XIIIème siècle.

Des vies, des histoires, un passé, un présent, un futur... 

Site créé le 23/02/2013 par Jean-Marc Labarta

 Dernière mise à jour le 27/03/2019 à 16h08


 Cesàreo Bustos Delgado : son cimetière des Espagnols

 

 

          Ce philanthrope est à l' origine de la réhabilitation du cimetière des Espagnols de Septfonds, mais peut-être bien également de la résurgence de toute la mémoire du camp de Septfonds tombé dans l' oubli avant les années 70.

           A notre tour de réhabiliter son initiative.
 
           Cesareo Bustos Delgado est né le quinze mars mille neuf cent huit, à Santa Cruz de Mudela (commune d’Espagne de la province de Ciudad Real, située au sud de Madrid), dans une famille de dix enfants. Fils de Eusebio Bustos et Julia Delgado, il a grandi à Malagón (plus au nord mais toujours dans la province de Ciudad Real ).


           C’était un passionné de football qui, professionnellement, possédait une double formation de forgeron et de mécanicien. Sur un plan politique, il a été sympathisant de la Jeunesse Socialiste et, plus tard, du P.S.O.E, le Parti Socialiste Ouvrier Espagnol.

          

          Comme beaucoup d'autres, il a connu l'exil en France en 1939. Il a été interné au camp de Septfonds. Puis il s’est battu en faveur de la France, dans les Vosges, sur le territoire de Belfort ou il est fait prisonnier par les nazis. On retrouve sa trace - sous le nom du BUSTO Cesario, parmi les prisonniers du « Frontstalag 140 » de Belfort, un de ces camps de prisonniers de l’armée allemande situés principalement en France dans la zone occupée lors de la seconde guerre mondiale, ouvert de septembre 1940 à mars 1941.
          

          A la fermeture du camp de Belfort, il a été transféré au Stalag XI-B (camp de Fallingbostel situé dans la lande de Lunebourg en Basse-Saxe en Allemagne). Il était logé dans le bloc 15. Il a quitté ce stalag pour être déporté à Mauthausen le 27 Janvier 1941, enregistrée sous le matricule 6255. Il a été définitivement libéré le 5 mai 1945, jour de la libération du camp de concentration de Mauthausen par les Américains.


           Enfin libre après 5 longues années de captivité, il a habité à Lieussaint (Seine et Marne) de 1945 au 31 août 1960, avec son épouse, Anita Lopez Madueño, née à Cordoue le 23 Novembre 1907, fille de Camilo Lopez et de Dolorès Madueño, qui est venue le rejoindre en France en 1954. Et à partir du 1er septembre 1960, à l’heure de la retraite, le couple est revenu vivre définitivement à Septfonds. Un hasard de la vie ? …ils ont vécu dans la maison natale de Dieudonné Costes, le célèbre aviateur Septfontois principalement connu pour avoir effectué la première traversée Paris - New-York en 1930.(4) La famille espagnole est d’ailleurs toujours propriétaire de la maison, rue Dieudonné Costes.
          

          Sa vie de retraité Septfontois a largement été consacrée à la réhabilitation du cimetière des espagnols. Ce cimetière improvisé dans l’urgence en 1939, loin du camp de Judes, loin du bourg de Septfonds, ne justifie sa présence dans ce secteur de la commune que par le fait qu’il est situé en prolongement de la route sur laquelle se trouvait l’hôpital du camp. « L’hôpital, c’était une ancienne chapellerie, l’usine Tabarly-Bouyssou, fermée à cette époque et réquisitionnée par les services de l’état pour y installer un hôpital. Une annexe existait également. C’était ni plus ni moins qu’un baraquement identique à ceux du camp. Le cimetière a été ouvert plus loin, pour une question pratique mais surtout pour éviter aux convois funéraires de retraverser Septfonds » témoigne Huguette L.
« Je me rappelle, j’avais 16-17ans,… » témoigne André M. « … nous allions souvent la journée voir ce qu’il se passait. Je me rappelle qu’il y avait toujours deux ou trois trous d’avance creusés dans le sol, prêt à recevoir un mort ». Au début, cela a créé des polémiques avec les agriculteurs voisins qui craignaient une pollution de la fontaine située quelques dizaines de mètres en contrebas ».

 

          Césareo Bustos, humaniste - philanthrope, a donc consacré son temps, son argent et son énergie à la remise en état du cimetière des réfugiés espagnols à partir de 1974. A cette date, le lieu était totalement abandonné, « entre l'oubli et les mauvaises herbes », Pour récolter des fonds il a également organisé une souscription populaire. Plus tard, il sera aidé par la FNDIRP (Fédération nationale des déportés et internés résistants et patriotes) et la commune de Septfonds.


           L’année de l’inauguration du cimetière réhabilité (1er octobre 1978), Cesareo et son épouse Ana Maria ont reçu tous deux la nationalité française par décret le 14 Mars 1978.


           L’inauguration fut faite, lors d’une belle cérémonie, en présence des autorités civiles et militaires, d’intellectuels et d’artistes, venus de plusieurs pays et de la population invitée. On y a dénombré une cinquantaine de drapeaux de différentes organisations. « Que l’hommage que nous rendons aujourd’hui aux victimes de la guerre, soit un grand moment pour la paix de demain » a déclaré le poète Andrés Lloret Marti.
Le cimetière fut remis symboliquement aux bons soins de la ville de Septfonds, devenant ainsi un site de référence pour un demi-million de réfugiés espagnols passés en France, un lieu de cérémonies en mémoire des 81 espagnols morts entre 1939 et 1940.

 

          Cesareo Bustos Delgado est décédé le 2 Novembre 1982 à Septfonds. Le jour des obsèques son cercueil recouvert du drapeau tricolore a été porté à l’église de Septfonds par quatre amis. Il eut des funérailles religieuses par l’abbé Chappuis et a été amené dans le cimetière communal dans le corbillard de la ville. Il est enterré, seul. A son décès, le corps de son épouse à été ramené en Espagne.
J.M. Labarta


Photo : collection familiale. 
Sources d' informations :

- Vidéo familiale 

- Archives municipales de Septfonds.
- Informations : une de ses petites nièces, petite-fille de Francisco Bustos.
- Liste officielle N° 34 du 21 octobre 1940, de prisonniers français, fournie par l’autorité militaire allemande.