Site créé le 23/02/2013 par Jean-Marc Labarta :  jmlabarta@orange.fr

Facebook : Jean-Marc Labarta et Camp de Septfonds - Tarn et Garonne. 1939 1945

 

Dernières publications - mises à jour : 

19/05/2022 : Page "Dieudonné Costes". 

17/05/2022 : Page "L'album photos de Septfonds". 

02/08/2022 : Page "Le camp de Judes - Témoignages" : Léo Bretholz.

 

SEPTFONDS

Un village du Bas-Quercy en Tarn-et-Garonne, ancienne bastide du XIIIème siècle.

Des vies, des histoires, un patrimoine riche... 

Tarn et Garonne

Le maire négociant en vin.

Achetée, une lettre de juin 1909 d' un négociant en vin de Septfonds. En 1909, nous sommes au cœur de la IIIème République. Septfonds connait le plein essor industriel notamment grâce à une activité chapelière florissante. Et avec elle, c' est toute l' activité de la ville qui s' en ressent.


1909, c' est aussi, coïncidence, l' année où Sylvestre Tabarly, notre négociant en vin, devient le maire de Septfonds. En effet, après avoir été l' adjoint de Henri Rey (à qui on doit la construction des premières écoles maternelle et élémentaire publiques), de 1900 à 1909, il devient à son tour maire et le restera jusqu' en 1925, avec Henri Déramond Cadet (un chapelier), comme adjoint. On lui doit, entre autre, le Monument aux Morts (1923).

Le peintre Marcel Verlhac.

Encore un artiste né et décédé à Septfonds dont il faut de temps en temps rappeler le talent. 


Cet ensemble de maisonnettes, dans lesquelles vivait à une époque une certaine Fanny, se trouve route de Monteils à Septfonds et a, depuis, été restauré à deux reprises. C' est Puylaroque que l' on aperçoit sur la ligne d' horizon à droite.


Un jour, il faudra faire un inventaire de la production du peintre Verlhac. On sera certainement surpris, non seulement par son talent, mais aussi par le nombre de tableaux qu' il a pu offrir ça et là et qui ornent les murs des maisons de Septfonds... ou d' ailleurs ...

Maison Bruère et Cie: tissus et vêtements sur mesure.

 Achetée... une carte de mars 1945, destinée à "Bruère et Cie" à Septfonds, en provenance de la Société Cotonnière de Villefranche sur Saône.


Début 1945...


A Septfonds, la maison Bruère, "Bruère & Cie - tissus et confection de vêtements", se trouvait au rez-de-chaussée de la grande maison avec un long balcon, située dans le passage qui relie la place Pétronille Cantecor au Cours Alsace. Là où nous avons connu plus tard le magasin de réparation de vélos et mobylettes de Michel Frutoso. Comme le prouve cette carte, en ce début 1945, les commandes de tissus continuaient auprès de fournisseurs qui avaient l'avantage d'être en France.


Ainsi donc, parmi ces fournisseurs se trouvait la "Société Cotonnière de Villefranche » (sur Saône). Et il faut croire que les délais de livraison n’étaient pas une question rédhibitoire quant au choix des fournisseurs. J’en veux pour preuve les informations portées sur cette lettre, puisqu’une commande facturée le 6 décembre 1944 a été expédié depuis Villefranche, le mercredi 21 Février 1945 en « Vitesse Unique », en direction de Clermont Ferrand.


De là, « un transporteur a dirigé le colis en Colis Express à destination de Septfonds le vendredi 16 mars ». L’histoire ne dit pas quel jour ce colis est effectivement arrivé dans le commerce Bruère, mais il lui aura déjà fallu 24 jours pour partir de Villefranche sur Saône et repartir de Clermont Ferrand pour la deuxième étape du voyage.


De nos jours, Villefranche sur Saône - Clermont Ferrand est donné en 1 h 54 pour effectuer en voiture les 156 km du trajet.


Heureusement, le tissu n’est pas une denrée périssable ! 🙂

Le corps des sapeurs pompiers de Septfonds.

Deux heures trente du matin. La chaleur torride qui dure depuis plusieurs jours en ce milieu de mois d’août  commence à fatiguer les organismes. On a beau laisser les fenêtres ouvertes, cette nuit la fraîcheur ne rentre pas dans les maisons. Septfonds a du mal à dormir. 


Dans les rues de la bastide, les façades en pierre ont emmagasiné de la chaleur, ce qui n’est pas fait pour rafraîchir l’atmosphère nocturne. On imagine les yeux grands ouverts, les fronts qui transpirent, les draps rejetés au fond du lit, des habitants éveillés qui comptent les heures et espèrent une légère brise qui traverserait la chambre et permettrait enfin de fermer l’œil. Car demain, dans quelques heures,  une nouvelle journée de travail va commencer pour beaucoup, même si les manufactures de chapeaux sont fermées pour les congés annuels.  


Deux heures trente. Pas âme qui vive dans les rues, pas un bruit. En cette fin des années 1960, il y a encore peu de véhicules. Pas de vacarme nocturne. Juste la cloche de la mairie qui martèle les heures et les demi-heures au grand bonheur des habitants. Une présence cette pendule. 


Pour ma part, habitant à l’étage de la mairie, je l’avais juste au dessus de ma tête. Pas une seule fois elle a gêné mon sommeil. Mieux que ça, lorsqu’elle s’arrêtait, c’est son silence qui me réveillait. Les temps ont bien changé. 


Je vivais à la mairie, puisque mon père était secrétaire de mairie le jour et concierge le reste du temps. Et c’est donc une nuit d’été, à deux heures trente du matin, que l’on entendit une des plus belles répliques jamais entendu dans l’histoire des sapeurs pompiers...


La veille, la chaleur n’avait rien épargné. Rien, ni personne. Et dans les granges, le foin entassé, compressé, fermentait dur sous l’effet des grosses températures du jour précédant. Chez Raymond, à la ferme de Clavel, la famille fut réveillée par des crépitements anormaux et une forte odeur de brûlé. La grange était en feu. La chaleur avait fait son effet la journée. La paille sèche flambait. En un éclair Raymond était debout et par réflexe téléphona… à la mairie. Car en 1967, il y avait le téléphone et c’est tout. Les moyens de communications se limitaient souvent à ces appareils de bakélite noire. Et la mairie était le centre opérationnel de l’époque.


A la mairie, papa Labarta qui ne dormait pas à cause de la chaleur eut vite fait de décrocher le téléphone. Un appel la nuit, c’est surement une urgence.  
- « René ? C’est Raymond à Clavel. J’ai le feu dans la grange ! 
- Je sonne ! » 
Voilà : un appel téléphonique, deux phrases, l’alerte était donnée. 
Pas besoin de standard téléphonique, de répondeur, de messagerie, de touche étoile, de « tapez 1 ou 2 ou 3… je n’ai pas compris… recommencez… Et merde !!!   
En un éclair, Papa Labarta descendit au rez-de-chaussée et actionna l’interrupteur de la sirène. Trois fois de suite, car trois fois c’était pour les incendies. 


Une sirène perchée sur le toit de la mairie, qui hurle en pleine nuit dans toutes les directions, et à trois reprises ; actuellement c’est à coup sûr des plaintes le lendemain. Voir une pétition. Car une sirène, c’est bien pire d’un chant du coq ou qu’un meuglement de vache. 


Et bien oui, il fut un temps ou, non seulement la population supportait tout cela, mais en plus elle aimait ce côté rassurant et protecteur que procurait cette sirène. Décidément les temps ont vraiment bien changé.


Le but de faire sonner la sirène n’était bien sûr pas d’ameuter tout le village, mais de prévenir bel et bien les pompiers. Aussitôt, certains partaient directement au centre, d’autres, venant à pied prenaient au passage les informations à la mairie auprès de mon père qui était sur le pas de la porte.


Mais devant la mairie, c’est déjà l’effervescence. Marcel le boucher d’en face est dehors, suivi de René le mari de la coiffeuse. Arrive le maire, un autre Marcel. Et Jean Ducos, dit Jean de La Ruche est à sa fenêtre pendant que madame Ramond, la femme de l' électricien  est à son balcon, vue imprenable sur l' entrée de la mairie. Nous sommes en pleine nuit et le village s’anime.  


A la caserne, le camion-citerne est sur le départ, chargé de ses lances, de ses échelles et de ses pompiers. Mais un seul manque à l’appel : Riton ! Tant pis. Après quelques minutes d’attente, le camion s’élance, fait un crochet par la mairie au cas où Riton serait là. 


- « Allez-y ! lança mon père. Je vous l’amène en voiture dès qu’il est là. La voiture : une belle Simca Aronde bleu ciel ». 
Riton arriva à pied de son quartier de la foire basse. Tranquille, visiblement pas pressé. Il était trois heures du matin passé. Il avait vingt bonnes minutes de retard. 
- Hé bé ! Qu’est ce que tu faisais, lui dit mon père, d’une parole qui se voulait un brin sévère mais sans trop. Ça fait vingt minutes qu’ils sont parti… ! »


Riton était un vieux pompier. Vieux dans le métier. La veste du sapeur pas toujours bien boutonnée. Il faut dire que, vu le nombre de boutons, il avait une fâcheuse tendance à boutonner régulièrement « samedi avec dimanche » comme on dit chez nous. Mais quelques années plus tard il fut sauvé par l' arrivée de la fermeture éclair !  


Il était de ceux qui en ont vu d’autre. Ceci ajouté à un caractère plutôt nonchalant, vous comprendrez aisément que ce retard ne l’affolait pas du tout. Pire il répondit du tact au tac en finissant d’arriver :
- Oh moi …! Avant de sortir…je me rase !!!
Une remarque inattendue, sortie de nulle part, restée dans la boite à souvenirs.  D’ où il est, sûr que mon père en rit encore !  Ce soir là, le feu fut éteint, mais sans Riton.


Un Riton arrivé largement hors délais… mais fraîchement rasé.


JML

L' acteur Pierre Durou.

Pierre Louis André DUROU est né à Septfonds le 24 octobre 1924 et est décédé à Villelongue-Dels-Monts dans les Pyrénées Orientales le 17 novembre 2009. 
Il fut à la fin de sa carrière un des membres de la troupe de comédiens que Jean-Pierre Mocky invitait dans ses films  dans les années 1960-1970. Dans le film « Un drôle de sacristain » avec Francis Blanche et Bourvil, il joue le rôle du sacristain mécontent (voir photo).  
Il est né la même année que Pierre Nègre, l' autre célèbre acteur Septfontois.. 
Pour comprendre l' importance de sa carrière il suffit de lire sa filmographie...
1957 
- Le désert de Pigalle : de Léo Joannon avec Annie Girardot
- En cas de malheur : de Claude Autant-Lara avec Jean Gabin
- Montparnasse 19 : de Jacques Becker avec Gérard Philipe
- Tabarin : de Richard Pottier avec Michel Piccoli
- Thérèse Martin : de Denys De La Patellière avec Françoise Arnoul
1958 
- La chatte : d’Henri Decoin avec Françoise Arnoul
- Chéri, fais-moi peur : de Jack Pinoteau avec Darry Cowl
- Christine : de Pierre Gaspard-Huit avec Romy Schneider
- Pourquoi viens-tu si tard ? : de Henri Decoin avec Michèle Morgan
- Un drôle de dimanche : de Marc Allégret avec Danielle Darrieux
1959 
- Babette s’en va-t-en guerre : de Christian-Jaque avec Brigitte Bardot
- Les héritiers : de Jean Laviron avec Roger Pierre
- Les liaisons dangereuses: de Roger Vadim avec Gérard Philipe
- Une gueule comme la mienne: de Frédéric Dard et Pierre Granier-Deferre   avec Howard Vernon
1960
- Le Capitan : d’André Hunebelle avec Jean Marais
- Samedi soir : de Yannick Andréï avec Daniel Cauchy
- Un couple : de Jean-Pierre Mocky avec Juliette Mayniel
- Vive Henri IV, vive l’ amour: de Claude Autant-Lara avec Francis Claude
1961
- Les amours célèbres : de Michel Boisrond avec Edwige Feuillère
- Segment : ‘Les comédiennes’
- Les livreurs : de Jean Girault avec Francis Blanche
- Snobs : de Jean-Pierre Mocky avec Francis Blanche
1962 
- Le gentleman d’Epsom : de Gilles Grangier avec Jean Gabin
1963
- Un drôle de paroissien : de Jean-Pierre Mocky avec Bourvil
1964
- La grande frousse / La cité de l’indicible peur : de Jean-Pierre Mocky avec Bourvil
1965
- La bourse et la vie : de Jean-Pierre Mocky avec Fernandel
1966
- Les compagnons de la Marguerite : de Jean-Pierre Mocky avec Michel Serrault
1968
- La grande lessive ! / Drôle de pirate : de Jean-Pierre Mocky aec Bourvil
1969
- L’étalon : de Jean-Pierre Mocky avec Bourvil
1970
- L’albatros : de Jean-Pierre Mocky avec Marion Game
Sources filmographiques : Jean-Pascal CONSTANTIN pour Les Gens du Cinéma (Mise à jour Pierre-Antoine PERRIN 20/09/2011)

L' abbé Jacques Chappuis et l'instituteur Jean Delbreil.

Comme tous les mardis, nous avions catéchisme entre treize heures et treize heures trente. C’était un jour à l’emploi du temps très chargé car après la matinée à l’école, il fallait rentrer à la maison pour manger, puis partir au catéchisme avant de reprendre l’école. Pour la plupart d’ entre nous, les trajets d’un lieu à un autre étaient très courts car nous habitions quasiment tous dans le village. Et comme l’école et l’église ne sont séparées que d’environ deux cents mètres, nos parents n’avaient pas à nous accompagner ou nous amener à un endroit ou à un autre. Nous faisions les trajets à pieds et tous seuls.

 

Le catéchisme se faisait dans l’église. Imaginez vingt garnements… Au fait ce mot n’existe pas au féminin. A croire que les filles ne sont jamais turbulentes ! Imaginez donc vingt garnements assis sur les trois premières rangées de bancs, dans la pénombre de l’édifice à l’écho interminable, l’hiver, sans chauffage, situation précaire, alors que, contrairement aux ecclésiastiques, nous n’avions pas fait vœux de pauvreté ! Ni des autres d’ ailleurs …

 

Devant nous, l' abbé Chappuis, grand, mince, dans sa soutane noire, l’œil vif. Sous cet aspect austère, imprégné de religion et de croyance, on décelait une profonde humanité. Il nous raconta un jour qu’il avait combattu durant le conflit 39-45. Lui, l’homme d’église, arme au poing. Un jour dans une ville, au détour d’une rue, il se trouva nez à nez avec un Allemand… L' abbé Chappuis est aujourd’hui, là, devant nous. Tu ne tueras point dit l’évangile…

 

L’école communale était dirigée par Jean Delbreil. Un passionné de son métier, un passionné de politique, un passionné de basketball. Il fut mon premier entraineur. Aussi rigide sur le terrain que dans sa classe. Un socialiste façon Jaurès aux idées très claires et non dispersées. Un pur produit de début de la IIIème république.

 

Les chemins de l' abbé Chappuis et de l’instituteur Delbreil se croisaient rarement. Chacun son rôle, chacun son rang. Bref, une certaine distance entre eux et chacun à sa place.


Un mardi, l' abbé Chappuis particulièrement en forme ce jour là, emporté par je ne sais qu’elle frénésie biblique, joua les prolongations pour nous raconter un épisode de la vie du Christ dans les moindres détails. Si bien qu’il en oublia de stopper son récit pour nous laisser partir à l’école. Et c’est en nous voyant trépigner d’impatience sur nos bancs qu’il comprit la chose.


La traversée de l’église vers la porte de sortie se fit au pas de course. Pas de signe de croix, pas de génuflexion. Rien... Que Dieu nous pardonne ! L’école n’attend pas. La descente vers celle-ci se fit tout aussi rapidement. Et là, catastrophe !

 

Le directeur-instituteur Delbreil nous attendait devant le portail d’entrée et nous regardait arriver en sprintant. Il était là, planté les bras croisés au beau milieu de la rue, et cela ne présageait rien de bon. Nous arrivions devant lui, mais au lieu de nous laisser entrer, il nous stoppa, le bras tendu vers nous, la paume de la main en avant dans un geste qui voulait dire « stop ». La tête basse, nous nous attendions au pire… Relevant la manche de sa veste et de sa chemise, il désigna sa montre de l’index de la main opposée et tapota sur le cadran du bout du doigt.

 

« Vous avez vu l’heure ? », s’exclama-t-il d’une voix forte et sévère. « Vous venez d’où ? ». Bernard, toujours prompt à répondre en premier s’exclama : « c’est pas notre faute, c’est le curé… il nous a fait sortir en retard ! ».

 

Le directeur Delbreil savait très bien d’où nous venions. De l’entrée de l’école il voyait le parvis de l’église. Mais sa réponse à Bernard ce jour là me fit comprendre toute la complexité de la nature humaine. Il le regarda droit dans les yeux, l’index levé et eut cette réponse que je n’oublierais jamais : « on ne dit pas …le curé…on dit « Monsieur le Curé !!! Oui, ce jour là, je compris à jamais que les différences, quelles soient politiques, religieuses, d’opinion ou de pensée n’empêchent en rien le respect mutuel chez les personnes intelligentes et humaines. Lui, le directeur d’école publique, socialiste, anticlérical de la première heure, respectait le curé, l’homme et sa fonction, même s’il n’avait apparemment aucun point commun avec lui.

 

La discussion en resta là, le directeur Delbreil nous fit entrer. Mais mon sens déjà développé de l’observation me fit instinctivement tourner la tête vers l’église. L' abbé Chappuis, en homme responsable se sentant coupable de notre retard, était debout au milieu de la rue, devant son église et observait la scène.

 

L’instituteur Delbreil le vit. Et là, se passa en une fraction de seconde une scène unique : les deux hommes, face à face à deux cent mètres d’intervalle, l’un dans sa soutane, l’autre dans son costume, échangèrent un signe de la main. Un signe qui, de la part du curé, voulait dire « excusez-moi », et une réponse du directeur qui voulait dire « ça va, tout va bien ».

 

L’incident était clos, mais ce jour là, en une parole, puis en un geste, je reçu ma plus grande leçon d’humanité, de tolérance et de respect de la part de deux hommes que tout séparait mais qui se respectaient profondément.

Guy Lacombe : l'instituteur de Penne... à peine chauvin.

Il est né là, aux confins de l'Albigeois, du Rouergue et du Quercy, à proximité de la forêt domaniale de la Grésigne et des gorges de l’Aveyron. C’est un Pennol, arrivé à l’école de Septfonds pour prendre le poste d’instituteur d’école publique, l’année où je l’avais quittée. Je l’ai échappée belle !!! Mais bizarrement, j’ai toujours eu l’impression qu’il m’avait un jour fait la classe. Drôle de sensation. Peut-être que j’ai toujours trouvé en lui ce que j’avais connu chez mes instituteurs, cet état d’esprit, cette rigueur, cette droiture, cette soif de transmettre, de bien transmettre. 


Et le temps dit les choses : le jour de son départ à la retraite fêtée à la salle des fêtes de Septfonds, la présence de cette véritable ruche d’anciens élèves prouvait toute la reconnaissance qu’ils avaient pour lui. Sans compter ceux qui, pour des raisons diverses n’avaient pas pu venir mais qui se sont manifestés d’une façon ou d’une autre.


Dans cette école, il y a passé une grande partie de sa vie. Il y est devenu directeur. Lorsque je passais devant, le matin, pour partir à mon travail, sa classe était déjà allumée alors que le jour n’était pas encore levé. C’est ça la passion du travail bien fait. Et quelque part, à ces heures à ne pas mettre un instituteur dehors, j’étais rassuré de voir une école, mon école, toujours vivante et en de bonnes mains.


Dans ses loisirs, il était devenu guide bénévole, alors qu’il était président de l’Amicale Laïque de Septfonds. Guide de randonnées pédestres en plaine, en montagne, voir en haute montagne, mais il a pratiqué beaucoup plus sur les chemins Quercynois que partout ailleurs, car il était issu de ce terroir, et il l’aimait. Des moments simples de la vie, simples comme il les aimait, comme il les vivait, simples comme il aimait mener sa vie. 


Je n’oublierais jamais ce séjour d’une semaine passé à St Lary-Soulan à crapahuter sous sa direction sur les chemins de montagne que lui seul savait nous faire découvrir, séjour qui est toujours gravé en ma mémoire. Et notamment ce jour d’un 14 juillet passé dans le massif du Néouvielle dans les Pyrénées, à 3000 mètres d’altitude, par grand soleil, alors que Georges Brassens nous avait bien suggéré de rester dans notre lit douillet… Avec du recul, je peux dire que tout le monde en avait bavé mais personne n’avait osé se plaindre. Allez savoir pourquoi !


Avec lui, l’Amicale Laïque avait retrouvé ses valeurs d’origine, amenées par son fondateur Jean Delbreil, un autre précédant directeur d’école publique. Amicale Laïque qui vit toujours et qui n’oublie pas ses anciens présidents dès qu’une occasion se présente. Là aussi Guy aura marqué son passage de son empreinte.


Dans ses autres activités principales, je n’oublie pas non plus ses nombreuses années passées ensemble au club de basket de Caussade. Chez les Lacombe, un engagement familial qui marquera à n’en pas douter l’histoire du club. Ginette son épouse doit en être, sans doute, encore et toujours la doyenne actuelle. Quant à Jérôme son fils, il en aura été le président quelques temps. 


Et puis il y a cet amour de la langue française et de la langue occitane. Langues pour lesquelles il mettait un point d’honneur à soigner l’écriture et la lecture. Plus qu’une déformation professionnelle : une passion. 
C’est ainsi que je découvris une autre véritable passion, son attachement pour Pierre Bayrou, l’instituteur-poète de Saint Antonin Noble Val, un autre grand amoureux du Quercy, gelé l’hiver, caniculaire l’été, mais si attachant lorsqu’on sait l'observer, le sentir et l'écouter.

 
"Dans les gorges de l' Aveyron, le brouillard de Penne est plus beau que le brouillard de St Antonin. Oui ! Je suis de Penne et je suis un Pennol à peine chauvin ! » m'a t'il dit un jour avec son humour bien à lui... 


Signe des temps modernes, Guy, l’instituteur admirateur des traditions des glorieuses années du début de la troisième république, avait, les derniers temps, ouvert un compte Facebook. Et même là, en bon instituteur, il relevait les imperfections dans l’écriture. Je dois avouer que depuis que nous étions « amis Facebook », je soignais mon français car à quelques reprises, par des phrases bien tournées, il m’avait bien fait comprendre mes fautes d’orthographe. Et je sais que, désormais, j’aurai cette pensée de son œil bienveillant sur l’écriture de tous les siens. 


Alors, il n’aura sans doute pas une statue à son effigie en place publique, pas plus qu’une rue à son nom. Mais, à sa disparition, le 27 janvier 2020, il y a deux ans déjà, la triste nouvelle s’était répandue comme une trainée de poudre et les yeux de ses anciens élèves étaient rougis dans les rues de Septfonds et d’ailleurs. Son souvenir restera encore longtemps gravé dans la pensée de beaucoup d’entre eux... 


Et c’est là l’essentiel. 

Gilbert Gerard : lorrain expulsé en 1940.

Gilbert Gérard, Gérard est son nom, avait 10 ans lorsque l’ordre d’évacuation de son village de Lindre-Basse fut ordonné. Une évacuation immédiate et sans délai. Juste le temps de prendre, dans l’urgence, des vivres pour plusieurs jours, de fermer la maison tant bien que mal et de partir à pied, au milieu d’autres familles, pour la ville voisine de Dieuze, située dans la plaine saline du Saulnois au sud-est de Metz. 


Nous étions après l'armistice du 22 juin 1940. La Moselle venait d’être… à nouveau… annexée par l'Allemagne et formait avec la Sarre et le Palatinat, le « Gau Westmark », une subdivision administrative de l'Allemagne nazie. Et devant l'importance de la population francophone, les autorités allemandes procédèrent à des expulsions massives de tous les éléments qui ne leur semblaient pas « sûrs ».


C’est ainsi que la famille Gilbert fut expulsée, sans ménagement. Un convoi fut formé en gare de Dieuze. Le train amena des habitants de toutes les communes voisines de Dieuze. Il sera envoyé à Montauban…

 

Depuis, dans nos villages du Quercy et de partout ailleurs dans ce qui était considéré comme la zone libre, nous connaissons tous des familles de Lorrains, ou des enfants, voir des petits enfants de Lorrains, peut-être même, de nos jours, des arrières petits enfants. 


C’est donc dans ce contexte que Gilbert Gérard, 10 ans, est arrivé à Septfonds, son village d’accueil en novembre 1940. 


Le 30 novembre de cette même année, Pétain qui, je le rappelle, avait signé l’armistice quelques mois plus tôt, publiait, aussi paradoxal que cela puisse paraitre,  un appel pour l’aide aux réfugiés Lorrains, dont voici la teneur : 


-  «  FRANÇAIS !      

      
Depuis le 11 novembre, 70.000 Lorrains sont arrivés en zone libre ayant dû tout abandonner : leur maison, leurs biens, leur village, leur église, le cimetière où dorment leurs ancêtres, tout ce qui fait enfin l'intérêt de la vie. 
Ils ont tout perdu, ils viennent demander asile à leurs frères de France. 
Les voici au seuil de l'hiver, sans ressources, n'ayant plus comme richesse que la fierté de rester Français. Ils acceptent pourtant leur malheureux sort sans se plaindre, sans récriminer. 

Ce sont des Français de grande race, à l'âme énergique, au cœur vaillant. 

Un grand nombre d'entre eux sont des paysans. Installés au voisinage des frontières, ils ont, au cours des siècles, souffert plus que d'autres des rigueurs de la guerre. Je ressens, comme vous le ressentez vous-même, toute leur peine. 

Le Gouvernement fait ce qui est en son pouvoir pour soulager leur infortune et leur fournir les moyens de vivre et de travailler. 

Mais les Lorrains méritent mieux ; il faut que l'accueil qui leur est fait soit l'accueil du cœur, celui que l'on réserve à des frères et à des parents aimés. 

Que chacun s'ingénie à leur faire retrouver, là où ils seront placés, la douceur d'un foyer et l'ambiance de la grande amitié française. 

Déjà, diverses propositions concernant propriétés, maisons, exploitations sont parvenues au Service des Réfugiés. 

Il faut, en plus, que dans chaque département d'accueil, vous recherchiez tout ce qui peut leur être offert pour adoucir leur sort. Partis avec pécule infime et un maigre bagage, tout leur manque. 

Que chacun de vous s'efforce donc de les aider, de les réconforter, de leur fournir du travail dans toutes les activités où ils peuvent s'employer. Que tout cela soit fait avec un enthousiasme ardent afin qu'ils sentent autour d'eux sympathie et affection. 

De cet effort de solidarité à l'égard de compatriotes malheureux, nous sortirons meilleurs et plus unis. »

 

Mais le mal était déjà largement fait et le pire était encore à venir pour notre pays.


Gilbert Gérard passera environ 4 ans à Septfonds, puis repartira dans son village. La Moselle fut libérée par l'armée américaine en 1944 pour sa plus grande partie, mais certains villages ne furent libérés que beaucoup plus tardivement, jusqu'en mars 1945. 


Durant ces dix dernières années, j’ai eu la chance de monter à plusieurs reprises en Lorraine, accueilli dans le village de Lindre-Basse, village de la famille Gilbert, mais aussi de la famille Hopp, dont Anne-Marie a également résidé à Septfonds. Village également de la famille Claudon, dont Antoine a vécu à Septfonds et s’y est marié. C’est au sein de sa famille Lorraine que j’ai été accueilli. 


Il me faudrait beaucoup de temps pour écrire et décrire cet accueil chaleureux que j’ai reçu et je n’oublierai jamais ma première arrivée dans la Rue Principale de Lindre-Basse par un chaud après-midi d’été. La première personne que j’ai rencontrée a remarqué ma plaque d’immatriculation «82», ne me laissant aucun doute sur le fait qu’il savait d’où je venais. En une fraction de seconde, je compris que le Tarn et Garonne et plus tard Septfonds n’étaient pas un département et un village inconnus bien qu’à 860 km de là. L’histoire laisse toujours des traces indélébiles.


Pour ne citer que les villages plus ou moins proches de Septfonds, je nommerais les villages de Auty qui accueilli des expulsés de Zommange(57) et Guermange(57), Caussade de Chambrey(57) et de Wuisse(57), Cayriech deTarquimpol(57), Espinas de Bioncourt(57), Feneyrols de Attilloncourt(57), Lacapelle-Livron de Wuisse(57), Laguépie de Bioncourt(57), Lapenche de Tarquimpol(57), Lavaurette de Tarquimpol(57), Loze de Wuisse(57), Molières de Guébestrof(57), Montalzat de Tarquimpol(57) et Guermange(57), Monteils de Lidrezing(57), Montpezat-de-Quercy de Saint-Médard(57), Mouillac de Dédeling(57), Parisot de Bioncourt(57), Puylaroque de Cutting(57), Saint-Antonin de Chambrey(57), Saint-Cirq de Sotzeling(57), Saint-Projet de Wuisse(57), Septfonds de Conthil(57) et Lindre-Basse(57), Varen de Attilloncourt(57), Verfeil-sur-Seye de Bioncourt(57) et enfin Saint-Georges de Tarquimpol(57). 
Mais la liste n' est pas exhaustive...


J’ai passé du temps avec Gilbert Gérard âgé à ce moment là de 80 ans. Il avait des souvenirs un peu confus de son passage à Septfonds. Pensez donc ; il avait 10 ans. Mais il n’avait pas oublié l’Hôtel-café-restaurant Méric, son copain Dédé Larroque, la maison dans laquelle il avait été hébergé avec sa famille « pas loin d’un grande usine de chapeaux ». 


Et il se rappelait de l’école publique avec la classe des Lorrains. Une classe constituée uniquement d’enfants Lorrains, dirigée par un instituteur Lorrain, Monsieur Schmitt. Tous les matins, la journée commençait par une prière. Une tradition Lorraine. Vous imaginez ! Une prière dans une école publique !!! Une tolérance d’une autre époque.


Aujourd’hui, dans l’après midi, j’ai eu un appel téléphonique de Lorraine m’annonçant son décès à l’âge de 90 ans. J’imagine sa place dans le petit cimetière de Lindre-Basse que j’ avais visité, auprès de sa femme qui l’a devancé de quelques années. Je n’oublierai pas cet homme, accoudé à la table de sa cuisine, devant un verre de petit vin blanc Lorrain dont je ne vous dis que ça ! Gilbert Gérard était heureux de reparler de sa jeunesse et me disait avoir gardé un bon souvenir de Septfonds. C’est ce qu’il me répétait, les yeux embrumés par le fait de se replonger dans ces souvenirs passés pour reparler d' un temps qui pourtant a dû parfois être bien douloureux...


Photos JML : Gilbert Gérard et son épouse, chez eux, à Lindre-Basse - Moselle - 07/2010.

Rachel Gary : la fille des Mourgues.

Midi sonne à l’horloge de la mairie. Je pousse le petit portillon de l’entrée de la maison de Rachel, dans le quartier des Mourgues. Les gongs secs, mal graissés, émettent un bruit strident qui fait office de sonnette. Finalement, tout à un sens chez Rachel. Rien ne se perd. Une vie minimaliste ou tout doit trouver son utilité. Une vie simple, sans aucun excès. Sans superflu. Une altermondialiste qui s’ignore, vivant dans l’anti-système depuis sa naissance !

 

Midi donc. La porte s’ouvre directement sur la cuisine, pas de couloir, pas de salle à manger. D’ ailleurs, pourquoi une salle à manger puisque il y a une cuisine pour manger ? Le repas se prépare. Sur le feu, une petite casserole dans laquelle chauffe un bouillon de légume. Sur la table, une assiette pleine de croûtons de pain et d’un peu de gruyère râpé attend le liquide chaud. A côté de l’assiette, une pomme et un verre d’eau. Le repas de Rachel est prêt, tout aussi minimaliste que l' environnement.

 

Nous échangeons un peu, je lui laisse les revues que je lui apporte de la part de Cécile, ma grand-mère, sa copine d’école maternelle, d’école primaire, puis de chapellerie, d’une vie... Elles avaient six mois d’écart mais n’étaient pas nées la même année. L’une en 1905 l’autre en février 1906. Elles avaient commencé ensemble, très jeunes, leur premier travail. Huguette L. témoigne : « elles devaient avoir environ 14 ans et dans les années d’après première guerre mondiale la carrière était toute tracée. Pour les filles, la grande majorité partait travailler dans les manufactures de chapeau. Pour Rachel et Cécile, le premier emploi a été chez Madame Louis Chevalier. Elles travaillaient « aux coiffes ». Aux coiffes ? « Oui, on disait comme ça. C’était un travail sur les canotiers. Sur le haut du canotier, à l’intérieur, elles cousaient un tissu noir. Cela protégeait le crane, mais il y avait un système de poche dans ce tissu qui permettait d’y glisser un petit peigne et une petite glace. L’atelier, car c’était plutôt un petit atelier, se situait là où habite Dédé Larroque, rue du vieux pont. Ensuite, Rachel a travaillé chez Douillac, chez Raymond-Laffont, chez Bosc…Léopold je crois, qui avait succédé à Jean-François ». Fin d’un témoignage.

 

Un certain mois de juin, elles avaient 92 ans si mes souvenirs sont exacts, je les ai surprises en train de regarder …Roland Garros chez ma grand-mère Cécile qui était « fana » de sport et incollable sur le tournoi des 5 nations. L’une un peu sourde, l’autre un peu aveugle. Et je pense, avec du recul, que l’une voyait pour l’autre et l’autre entendait pour l’une. C’est ça l’amitié de 90 ans !!!

 

Les revues que j’amenais, c’était pour la culture. Rachel a toujours lu, s’est toujours intéressé au monde. En l’an 2000, au passage à l’euro, elle avait 95 ans. Je l’ai vue payer à la boulangerie Cardonnel avec sa petite calculette qui convertissait les francs en euros (nous avons presque tous eu cet outil quelques temps). Et quand je lui ai demandé ce quelle en pensait, elle m’a répondu, l’œil toujours vif : « il faut bien s’y faire !!! ». Pas un brin grincheuse, pas rétissante. Une leçon d’optimisme… elle avait 95 ans.

 

Cinq ans plus tard, on fêtait la centenaire. Elle vivait toujours seule chez elle. Et encore cinq ans plus tard, en 2010, elle s’éteignait tout aussi discrètement qu’elle avait vécu, à la maison de retraite de Castelsarrasin, proche de sa nièce qui l’a accompagnée jusqu’au bout. Quelques jours avant, je lui rendais, sans le savoir, une dernière visite. Elle était très faible, dans un semi coma, mais pas malade. La chandelle se consumait, tout simplement et arrivait à son terme pour s’éteindre tout doucement. 105 ans…, pas malade…, du bouillon de légume, je vous ai dit !!!

 

Photo 1 - Rachel Gary : Le jour des 100 ans - JML - 2005


Photo 2 - Prise à l' arrière de la manufacture J.F. Bosc, rue Fraîche, dans les années 1920-30. Rachel est la 4ème en partant de la droite. Coll. perso.

Les années 1930 - Le temps des culottes courtes.

En voilà un trio de mines épanouies ! Trois lascars nés après la première guerre mondiale et qui n’ont pas encore subi les douleurs causées par la seconde. Nous sommes dans  "l’entre-deux-guerres". 


A gauche, Jacques Chevalier. Plus tard, il fera carrière dans l’armée de l’air. Sa mère avait un atelier de fabrique de chapeaux. Occasionnellement, elle jouait de l’orgue pour les offices de l’église de Septfonds et donnait des leçons de piano en utilisant la « Méthode rose », une méthode d'apprentissage du piano pour les enfants. 


Au centre, le deuxième larron est Jean « Jeannot » Durou. Il sera un des charcutiers de Septfonds, successeur de son père Aimé. Jeannot sera marqué à vie par la disparition de son père , communiste, dénoncé et arrêté en 1941 par le régime de Vichy puis déporté à Dachau en Allemagne. Les plaques, une sur sa tombe dans le cimetière de Septfonds et l'autre sur la façade de sa maison en témoignent.


A droite, le paternel René. Il sera secrétaire de mairie à Septfonds durant quarante ans. Son père, mon grand-père, a quitté l’Aragon en 1914 pour venir travailler en France. Il sera employé à la fabrique de chapeaux Astoul-Bosc et curieusement, il ne retournera jamais en Espagne pourtant son pays d'origine.


Le banc a été enlevé... il y a fort longtemps ! Les bâtiments derrière eux, ce sont les écoles. A l’heure actuelle, à cet emplacement, se trouve une supérette qui a succédé à une station d’essence et à un garage d'automobiles. 


Photo : coll personnelle. Années 1930. voilà un trio de mines épanouies ! Trois lascars nés a

Le travail des écoles de musique de Septfonds et Caussade. 


Durant de nombreuses décennies (et toujours d' ailleurs !), les écoles de musique de Septfonds et de Caussade ont formé de nombreux jeunes Septfontois. 


De source familiale, je sais que l' apprentissage au solfège était très "scolaire". "On mangeait du solfège pendant des heures et des heures avant de toucher un instrument, et ce n' est que plus tard qu' une orientation instrumentale était décidée" disait mon père. 


La photo date des années cinquante. Bucolique. Animation d' une fête ou d' un événement probablement. Je n' en sais, hélas, pas plus. Pas plus que le nom de cette formation puisque du "Mini-Jazz" au "Blue Jazz", il y a eu plusieurs formations Septfontoises avec des musiciens différents, qui ont sévi dans la région. 


Debout, de gauche à droite : Pierre "Pierrot" Cavaillé au tuba, Aimé Brunet au tambour/batterie, René Labarta (le paternel) à la trompette.
Au premier rang, René Bouyssou au saxophone et Léonce Déjean à la clarinette.


La photo a été prise devant la maison-ferme d' Aimé Brunet au lieu-dit "Plaine de Mignot" à Septfonds (Cf: Jean Mignot - le bien nommé !)

L'étable de François et Eliette Bès. 

Ce dimanche après-midi avait été l’occasion d’une belle partie de foot avec Thierry. Vers 17 h, le soleil déclinant, et nous aussi de fatigue, notre arbitre virtuel siffla la fin du match en même temps que la fin du week-end. Thierry rentra chez lui, plus exactement chez ses grands-parents voisins du champ de mémé Génie, mon arrière grand-mère. Denis Costes, son grand-père était le cousin de Dieudonné « Du Même Nom », le célèbre aviateur du début du vingtième siècle, qui ne survola jamais Septfonds, au grand désespoir de tout un village.


En cette fin d’après midi dominicale de novembre, la nuit tombe vite et la fraicheur aussi. Un peu en contre bas, derrière la maison de Génie, diminutif d’Eugénie, dans le quartier des Mourgues, j’entendis soudain les « bééééni ! béééni ! tèèè ! tèèè ! bééééni ! bééééni !!! » C’était François, le voisin paysan qui rentrait son troupeau de belles blondes d’Aquitaine dans l’étable. C’est qu’une Bordelaise, ça se bichonne. Une vache en général aussi d’ailleurs. Et à plus forte raison un troupeau. En fait, une bête quelle qu’elle soit ça se respecte et on en prend soin. Et tout comme on a instauré un permis pour conduire les voitures, on devrait instaurer un permis pour posséder un animal, avec formation obligatoire et contrôle permanent. 


François lui, prenait soin de ses bêtes. En bon paysan, plein de bon sens, dès les premiers froids, à la tombée de la nuit, il rentrait le troupeau à l’étable qui sentait bon le foin. Là, les bêtes continuaient à ruminer l’herbe tombée par les trappes du grenier directement dans le râtelier. Seuls, les mugissements de plaisir des animaux rompaient le silence feutré du lieu qui se réchauffait vite grâce à la présence des bovidés au corps tout fumant du contraste de température avec l’extérieur. 


J’aimais alors suivre mon arrière grand-mère qui venait chercher du lait, un lait riche en crème, chaud, directement sorti du pi de l’animal qui se laissait faire docilement, rassuré par le geste sûr de sa trayeuse manuelle, assise sur son tabouret à trois pieds et au front appuyé sur le flan de la bête.


L’hiver, un locataire était autorisé à séjourner au milieu de ces belles. C’était un superbe cheval de trait qui faisait la fierté de François tant il avait fière allure. Il fallait le voir traverser au galop le champ derrière la maison, histoire de se défouler un peu les pattes. Les heures passées à tirer la charrue, certes donnaient de la puissance, mais faisaient perdre en souplesse et en vitesse. Comme un sportif, le cheval avait besoin de maintenir sa forme physique. 


Par manque d’une écurie personnelle, il passait lui aussi ses nuits d'hiver au chaud dans l’étable. Et le jour, il partageait le travail des champs avec un tracteur qui, progressivement mais plus bruyamment, prenait de plus en plus d’importance à la ferme. Fin programmée d’une époque. 


Ainsi, l’étable était un lieu enchanteur. Tous les bruits étaient étouffés grâce au plafond bas et à la paille répandue sur le sol. L’odeur du foin sec dominait, mélangée de temps en temps avec celle moins subtile d’une bouse bien fumante qui venait de choir sur le sol. Mais dans ce lieu, tout était harmonie, n’en déplaise aux cul-pincés. 


D’autres locataires occupaient l'étable à l’année. Je veux parler des araignées. Mais on ne touche pas aux toiles d’araignées dans une étable car selon les croyances populaires de certaines régions de France elles retiendraient le mauvais air et préserveraient le bétail des maladies contagieuses. 


Un jour, Eliette, la femme de François, présente dans l’étable, nous donna une formidable et savoureuse leçon de francoccitan. Le francoccitan, c’est ce langage fait d’un mélange de mots occitans que l’on prononce à la française, mais qui n’ont pas de traduction officielle. Ils n’ont de saveur que dits en occitan car ils sont intraduisibles et toute traduction fait perdre leur sens.


Ainsi Eliette, l’épouse de François nous fit remarquer qu’il y avait beaucoup d’araignées et de toiles d’araignées dans cette étable. Un peu trop à son goût et il fallait faire quelque chose. Ainsi, sachant qu’une araignée est une « aranha » en occitan et qu’une toile d’araignée  est une « rentela », elle nous gratifia dans son francoccitan d’un « Oh ! Avec toutes ces irognes et ses rentèles partout au plafond, il va falloir quand même dérenteler un peu !!! 


Savoureux, comprenne qui peut ! Moi, en tout cas, ce jour là, je compris qu’une étable était un merveilleux lieu culturel...

 

JML
A François, Eliette, enfants, petits enfants, arrières petits enfants, toujours présents dans Septfonds et les environs. 
A son étable qui fut un lieu de bonheur et de souvenirs d'une époque révolue..

Marcel Lacassagne, l'illustre Septfontois. 

J’ai toujours eu le souvenir de ce portrait de Marcel Lacassagne, superbe dans sa toge d’universitaire, posé pendant des années sur le bureau de mon père qui était alors secrétaire de mairie à Septfonds, puis sur un buffet de la maison familiale, lorsque mon père fut retraité. Marcel Lacassagne a été maire à deux reprises. Tout d’ abord, à la libération en 1944, il a été le premier maire, radical-socialiste, élu à Septfonds pour succéder à la Délégation Spéciale qui avait été imposée, comme partout par le collaborationniste régime de Vichy, en 1942. Après un an à la tête de la commune, étant professeur au lycée Colbert à Paris, il n’avait pas voulu poursuivre ses mandats. Mais, l’heure de la retraite approchant, il avait à nouveau été élu en 1955,  jonglant quelques temps entre Paris et Septfonds. Malheureusement, la maladie l’a emporté prématurément en 1965 suite à des problèmes cardiaques, laissant, sa famille, mais aussi mon père, dans une grande peine. Lui qui a été secrétaire de mairie pendant 40 ans, ne s’est jamais gêné pour dire :
« Il a été le meilleur maire parmi tous ceux que j’ai connu, doublé d’un homme à l’intelligence extrême ! ».
Je sais donc pourquoi son portrait l’a toujours suivi. Sans compter que Marcel Lacassagne était né en 1896, comme mes deux grands-parents paternels. De là à penser que mon père voyait en lui un deuxième père… 

 

Marcel Lacassagne est connu à Septfonds pour une seule chose : « c’était un maire ! ». Après son décès, Francis Laffont le maire qui lui a succédé, le conseil municipal et, finalement, l’ensemble de la population, ont décidé de donner son nom à l’avenue qui traverse le village de part en part. Tout au long de l’avenue, il y a donc plusieurs plaques à son nom, mais c’est celle qui se situe au niveau du rond point actuel qui avait fait l’objet d’une cérémonie. J’étais minot, mais je n’oublierai pas cette plaque que l’on dévoile, ce drap qui tombe, en présence d’une foule importante.

 

A Septfonds, nous connaissons donc l’avenue Marcel Lacassagne, certains savent qu’il était maire, mais rares sont encore celles et ceux qui savent le personnage qu’il a été.

 

Il est né le 09 décembre 1896 au cœur du village de Septfonds. Sa maison natale et familiale se trouvait, et se trouve toujours, à l’angle de la rue des carrières, à l’époque « rue des carrières basses », et de la rue Fortuné Cantecor. 
Il est le fils de Jules Lacassagne, tantôt ouvrier en chapeaux de paille, tantôt tailleur de pierre, et de Maria Caors. Oui ! L’activité dans les manufactures de chapeau était souvent saisonnière et permettait d’avoir un deuxième travail. Alors, habiter « rue des carrières basses », prédestinait-il à ce travail de carrier… ? Qui sait !!!

 

Jeune, Marcel a fréquenté l’École Primaire du village, puis, brillant élève, l’École Primaire Supérieure de Beaumont de Lomagne en 1911, pour laquelle il avait obtenu une bourse d’internat. Plus tard, il exercera un temps le métier de professeur dans cet établissement, et y rencontrera Germaine Dugros, institutrice, qui deviendra son épouse en 1921 dans cette même ville. Un destin.   

 

Mais avant cette rencontre, arrive le temps de la guerre et de la mobilisation. Il a 18 ans en 1914.  Etudes perturbées. L’année suivante,  il est incorporé dans l’armée le 9 avril 1915 au 11ème Régiment d’ Infanterie de Montauban. Un caractère aussi solide qu’affirmé fait que, après un stage de 5 mois en tant qu’élève aspirant au centre de Joinville, il part au 14ème Régiment d’Infanterie le 17 septembre 1915 après avoir obtenu le grade de Caporal le 15 août. Il est promu sergent le 28 août, sous-lieutenant à titre temporaire le 29 mars 1916. Il passe ensuite au 70ème Régiment d’ Infanterie et fini lieutenant de réserve à titre temporaire le 29 mars 1918. Finalement, il est démobilisé le 5 octobre 1919 après l’obtention définitive du grade de lieutenant de réserve le 15 août 1919.

 

On sait que dans l’armée, et surtout par ces temps de guerre, on ne montait pas en grade sans avoir prouvé sa valeur. Marcel Lacassagne, comme beaucoup d’autres, a quitté son Tarn et Garonne pour l’inconnu.  Mais cent ans plus tard, on sait aussi ce que veut dire « La Guerre 14-18 », on sait ce que signifient « Verdun », « Guerre des tranchées ». On sait ce que  veut dire l’expression « chair à canon ». Lui, l’appelé de la classe 1916 a connu tout ça. Il a connu le pire.

 

En partant au 14ème Régiment d’Infanterie le 17 septembre 1915, il partait prématurément et volontairement aux tranchées alors que ses camarades de la classe 1916 n’ont pas été au feu avant mars 1916. Il participe à ce que Verdun à connu de pire. Et il est blessé à deux reprises. D’abord par éclat d’obus à Thiaumont le 20 août 1916 et une deuxième fois par balle à la cuisse le 4 mai 1917, lors de l’attaque du Mont Cornillet (il s’agissait là de la célèbre et meurtrière attaque du Mont Cornillet dans le département de la Marne en mai 1917). 

 

Thiaumont… Mont Cornillet…, les spécialistes comprendront l’enfer vécu par Marcel, âgé de 20 ans. 
Pour tout cela, il a fait l’objet de 2 citations. Il a été une première fois cité à l’ordre du Régiment à Verdun pour avoir été un : « chef de section dévoué et courageux. Le 13 août 1916, a été fortement contusionné par un obus en dégageant personnellement un de ses hommes ensevelis par le bombardement. Après un court repos a repris sa place en ligne ». 

 

Il est cité une seconde fois à l’ordre de la 19ème Division d’Infanterie pour avoir : « …brillamment enlevé sa section à l’attaque des lignes ennemies et avoir assuré parfaitement avec son détachement la liaison avec l’unité voisine le 4 mai 1917 ».  C’est ce jour là qu’il fut blessé par balle. 

 

En définitive, il sera sorti indemne de l’enfer de cette première guerre mondiale après 30 mois de tranchées (oui, 2 ans et demi dans l’ enfer de Verdun !), 4 campagnes, 2 citations et 2 blessures, avant de passer dans l’aviation en mai 1918 ou il a été breveté pilote de chasse en septembre de la même année.
Dans l’aviation, il arriva comme élève pilote à l’école d’Aviation Militaire de Chartres le 20 mai 1918, avant d’être dirigé successivement sur les écoles d’aviation militaire d’Ambérieu, d’Avord près de Bourges, de Pau, puis de Biscarosse. Puis il intégra des sections de dépannage à Nancy, avant de passer dans l’aviation d’observation à Bron près de Lyon. Il sera nommé lieutenant en juin 1921 et enfin promu capitaine de réserve en juin 1936. 

 

Pour tous ces actes, ses citations, ses blessures de guerre, il est nommé Chevalier de la Légion d’honneur par décret en 1930 en qualité de Lieutenant du Centre de Mobilisation d’Aviation n° 95, puis promu au grade d’Officier de la Légion d’honneur par décret en 1956, en qualité de Commandant du Centre Mobilisateur de l’Air n° 222 de Chartres.

 

Une brillante carrière qui n’a d’égal que cette autre carrière universitaire qui l’amènera à être professeur dans l’enseignement public (Ecole Primaire Supérieure de Beaumont de Lomagne, Collège Colbert, Lycée Henri IV à Paris. Il est licencié es-sciences (Physiques, Chimiques et Naturelles Supérieur, Chimie Générale et Botanique), titulaire des Certificats d’Études Supérieures de Géologie et Zoologie. Et enfin titulaire des certificats d’aptitude à l’enseignement agricole dans les Écoles Primaires, Supérieures et Normales.

 

A ces titres, on lui connait une publication sur « Une nouvelle espèce d'épicéa Picea Kamtchatkensis », auprès de la Faculté des sciences de Toulouse en 1929,  suite à sa découverte.  Article publié également au Bulletin de la Société d’ Histoire Naturelle. 

 

A la fin de sa riche carrière, Marcel Lacassagne est revenu passer sa retraite avec son épouse dans son village natal : Septfonds. Il y fut maire jusqu’ à son décès le 5 juin 1965. Il repose dans le caveau familial, tout proche de la tombe de Pétronille Cantecor, un autre personnage illustre de Septfonds. La maison familiale a été vendue après que son deuxième fils aujourd’hui décédé, Jean, y soit également venu à la retraite. Je le croisais souvent dans les rues du village sur son vélo, lunettes rondes, longs cheveux blancs au vent, discret. Nous échangions un peu en souvenir de nos pères. 

 

Marcel et Germaine Lacassagne auront eu trois enfants, tous les trois nés à Septfonds : Henri et Jean, les garçons. Et entre les deux, une fille, Paulette, décédée mystérieusement en 1941 à Paris. 
Mais ça… c’est une autre histoire… !    

Les frères Pingouins

On les appelait « Les frères Pingouins » ou tout simplement « Les Pingouins » parce qu’ils marchaient toujours l’un derrière l’autre. Allez savoir pourquoi ! Les rues et les trottoirs de Septfonds sont pourtant suffisamment larges pour marcher côte à côte ! Mais c’était ainsi. L’un derrière l’autre à trois mètres d’intervalle. Une vrai patrouille Vigipirate à eux deux. L’un derrière l’autre et jamais l’un sans l’autre. Deux frères, René dit « Gugus » l’ainé et Louis dit « Loulou » le second. C’était les frères Bessières, deux personnages de la vie Septfontoise faisant partie du patrimoine communal. Le genre de personnes qui finissent dans le dénuement et l’anonymat le plus complet dans une ville mais qui sont parfaitement intégrés et qui ont toute leur place dans un village, car entourés et connus de tous.
          
Deux personnages… simples, attachants, comme il en existe justement dans tous les villages. Nous tenions les nôtres. Nous tenions aux nôtres.

         

A Septfonds, la famille n’avait aucun ennemi. Elle était ami avec tous et tous l’aimait. Le père était surnommé « Lo Pelharòt ». « Lo Pelharòt », un de ces mots occitans à la saveur particulière, qui représentent quelque chose de bien précis, que l’on imagine, mais finalement intraduisibles en pur Français. Dans nos campagnes, le Pelharòt achetait les peaux de lapins et les vieux chiffons. Et souvent on disait aux enfants : « si tu n'es pas sage, j'appellerai le Pelharòt et il t'emportera dans son sac ! ». Papa Bessières était le gentil Pelharòt de Septfonds. Il se promenait souvent avec le sac sur le dos, mais on n’y a jamais vu d’enfant dedans.

 

Maman Bessieres, s’appelait Clotilde. J’ai toujours retenu ce joli prénom, comme je n’ai jamais oublié qu’elle nous faisait la garderie de l’école maternelle et m’a mainte fois raccompagné au portail lorsque ma mère venait me chercher après la garderie du soir. Clotilde faisait tourner le manège que nous avions dans une salle de l’école. Un beau manège avec six ou huit chevaux de bois qui faisait notre bonheur. Pas d’électricité pour le faire tourner ; simplement la force des bras de Clotilde. Clotilde qui, environ vingt cinq plus tôt mettait au monde deux garçons… l’un derrière l’autre.
 
Gugus a longtemps travaillé au ramassage des ordures ménagères. Il passait beaucoup de temps à courir derrière le camion car le chapeau de paille qu’il portait, sans doute nuit et jour vue sa forme incertaine, n’était pas attaché, si bien qu’avec la vitesse et la prise au vent, il se retrouvait souvent sur la route. Rémunéré aux kilomètres parcourus à courir derrière le camion après avoir ramassé son chapeau, Gugus aurait certainement mieux gagné sa vie. Cette forme physique, il l’avait mise dans sa jeunesse au service de la danse. C’était un bon danseur, tant et si bien que bon nombre de jeunes filles Septfontoises ont valsé, « tangoté », « pasodoblé » avec ce Don Juan des fêtes locales.

 

Il portait aussi le béret ! Son béret qu’il orientait tantôt sur le devant, tantôt en arrière, tantôt à droite, tantôt à gauche. Il le manœuvrait sur son crâne avec une dextérité déconcertante.

 

Est-ce une déformation professionnelle ? René passait son temps à récupérer tout type d’objet qui trainait sur le sol : vis, pointe rouillée, bouton… avec une devise: « ça peut toujours servir !».

 

Un autre de ses passes temps favori consistait à saluer les automobilistes et les camionneurs qui passaient devant la porte de la maison familiale. Il faut dire qu’ils habitaient à un emplacement privilégié en bordure de la route à l’époque nationale. Gugus passait des heures à saluer d’un geste du bras et de la main tous les véhicules de passage. Les fins observateurs ont même remarqué que le geste était plus appuyé lorsqu’ il s’agissait d’une conductrice. Et en retour, il avait droit à un coup de klaxon en guise de salut amical. Vous imaginez le vacarme du klaxon d’un camion quarante tonnes, et, vue la fréquentation de la route, ceci répété toutes les trente secondes. Un vrai plaisir pour les voisins qui disaient : « ça y est ! Gugus fait le trottoir !!! ». Mais de cela, personne ne lui en tenait rigueur. Tout le monde savait qu’il n’y avait aucune volonté de nuire dans ce comportement naïf et bon enfant.

 

Loulou, quant à lui, était employé dans une célèbre usine de bois, à la fabrication de plateaux destinés aux arboriculteurs en saison de cueillettes de fruits. C’était l’époque où le monde du travail n’avait pas les mêmes règles que de nos jours. La légende Septfontoise dit qu’après avoir reçu un coup de pied au cul, de la part du patron, il lui rendit aussitôt un coup de pieds aux fesses. Cul…fesses, finalement le même lieu, la même destination pour le pied, mais la noblesse du mot « fesse » fait que la hiérarchie s’en retrouvait respectée. En tout cas, un prêté pour un rendu. L’affaire fut classée sans suite et Loulou devint ainsi le premier ouvrier à botter le cul du patronat !!!

 

A l’heure de la retraite, les deux frères passèrent pétanqueurs professionnels. Car la passion de leur vie a été ce noble sport : la pétanque. Bons joueurs, il faut le reconnaître, pas exceptionnels mais d’un haut niveau…communal. Ils étaient l’attraction des concours départementaux. Connus partout. Loulou pointeur, Gugus tireur. Mais une paire qu’il fallait souvent séparer car ils n’avaient jamais la même opinion sur la tactique à adopter : « pointe ! Non, je tire ! Mais je te dis qu’il faut pointer … ». Aucun ne voulait céder si bien que c’était parfois les adversaires qui devaient trancher.

 

La pétanque est un sport dangereux. Un jour sur une petite place de Septfonds Loulou tira, manqua la boule mais pas le cochonnet qui partit comme un boulet de canon frapper le front de Gugus. Hormis le fait qu’une bosse apparut instantanément, nous eûmes toutes les peines du monde à éviter une bagarre familiale.

 

Le samedi, à dix huit heures, c’était l’ouverture des bain-douches municipaux. Une dizaine de cabines de douches individuelles et deux avec baignoire. Une aubaine pour toutes les familles qui n’avaient pas encore de salle de bain dans leur maison. Et elles étaient encore nombreuses. C’était un lieu qui permettait lui aussi de créer du lien social. Dans l’entrée il y avait des bancs qui permettaient de s’asseoir en attendant qu’une cabine se libère. Bien qu’individuelles, les cabines n’étaient pas fermées jusqu’ au plafond. De ce fait, ça discutait ferme à l’entrée et entre voisins de douche, tout ça dans une chaleur humide et moite presque tropicale due à la vapeur d’eau chaude qui s’échappait des cabines.

 

Les douches municipales étaient parfois ouvertes le dimanche après midi. Figurez-vous qu’après les matchs de rugby au stade municipal qui n’était pas encore équipé de véritables vestiaires, les joueurs venaient se doucher ici. Presque un kilomètre à pied, en sortant du terrain. Une bonne douche, ça se mérite ! Mais un autre monde par rapport au confort actuel.

 

Gugus et Loulou arrivaient donc, serviette sur l’épaule, savon à la main, toujours l’un derrière l’autre, l’un après l’autre, pour la séance de nettoyage hebdomadaire. J’étais témoin de ce qui suit car ma mère me faisait prendre le bain dans une des deux baignoires du lieu. Là, sous sa douche, Gugus nous gratifiait de tous ses talents de chanteur lyrique, lyrisme certes approximatif, aux paroles qui se résumaient à des « la lala lalala ! », mais chantées avec une telle énergie que les imperfections vocales en étaient toutes excusées. C’était concert gratuit pendant 1/2 heure, et cette pauvre madame Rivière, la régisseuse des douches, devait venir tambouriner à la porte pour rappeler à notre ténor local que son temps légal d’occupation du lieu était terminé. Loulou, quant à lui ne chantait pas sous la douche, ce qui confirme que ce n’est pas une règle générale. Sous l’eau, il restait muet comme une carpe, ce qui devait le rendre encore plus aquatique, sans doute concentré sur le savon. C’était surement mieux ainsi pour les oreilles des autres usagers.

 

Les années passèrent. Les douches publiques furent supprimées. La maison familiale des Pingouins fut un peu modernisée et équipée d’une douche. Mais, avec le poids des ans, la terre devint subitement trop basse pour ramasser les clous et les pointe rouillées. Pire, elle devenait également trop basse pour ramasser les boules de pétanque et elles furent mises définitivement au placard. Un véritable deuil pour les frères. Loulou disparu après une maladie. René marchait dans les rues sans son pingouin de frère dans son dos. Il avait beau se retourner, il n’y avait personne. Puis quelques années plus tard, c’est lui qui laissait les boules de pétanque orphelines. Un manque, un vide dans les rues du village.

 

Le jour des obsèques du second, pour la première fois, on les vit dans leur caveau… côte à côte.

Les frères Pingouins

SEPTFONDS : LES PINGOUINS, DES PERSONNAGES ILLUSTRES ! UN PATRIMOINE DÉPARTEMENTAL ...
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Les échanges facebook amènent parfois d' agréables surprises. C' est ainsi que lors d'échanges récents avec Christian Lagarde (L'Occitanqueur), celui-ci m'a adressé cette photo dénichée dans les archives du milieu de la pétanque Montalbanaise, sur laquelle on distingue parfaitement nos illustres septfontois, Les Pingouins (Louis "Loulou" Bessières à gauche et René "Gugus" Bessières, son frère, à droite). 


S'il fallait une preuve de plus pour attester de leur intérêt tout particulier pour la pétanque : la voilà ! Les frangins en pleine action sur le cours Foucault à Montauban lors du national de pétanque  en 1986. 


L' histoire dit que ce jour là, ils ont joué avec Armand Laborie et ont croisé la boule de fer avec Ange Arcolao dit "Beber de Cagnes" associé à Henri Salvador. Qui a gagné ? Cela restera anecdotique, mais à n' en pas douter, la partie de pétanque a dû également tourner en partie de rire compte tenu des acteurs en présence. 

 
Merci infiniment Christian Lagarde pour ces beaux souvenirs et cette photo.

Les Poupées LY

C’est l’histoire d’une fabrique de Septfonds spécialisée dans la confection et l’habillage de poupées folkloriques.

 

Autour des années 1960, il existait un dancing qui s’appelait « La Pergola ». Un nom bien de l’époque qui résonne encore dans la tête des plus anciens du village. Il appartenait à la famille Bouquet, famille connue également dans le milieu du théâtre puisqu’ une troupe existait et se produisait depuis les années trente, non seulement à Septfonds et la région, mais également sur Paris.

 

A Septfonds, cette « Pergola » était et est toujours, puisque le bâtiment existe encore de nos jours, en lieu et place de deux ou trois boutiques, dont un atelier de couture, au bord de la route principale, face au garagiste.

 

Ayant atteint la limite d’âge pour tenir ce type d’établissement, Mme Bouquet, a vendu celui-ci à André et Michel Montbressous, deux frères originaires de Maleville dans l’ouest Aveyron, qui ont continué à faire danser jeunes et moins jeunes ainsi que les militaires du camp de Caylus tout proche, attirés par les belles Septfontoises. Il parait même que des couples se sont formés !

 

Dans un même temps, un peu plus haut sur cette route, à environ trois cent mètres, la manufacture de chapeau Theil-Mourgues vivait ses dernières heures. Cécile, ma grand-mère croyait vivre également ses dernières heures derrière sa machine à coudre du deuxième étage. Pensez donc : depuis son premier chapeau cousu à la manufacture Louis Chevalier en 1920, plus de cinquante ans s’étaient écoulés, et ne plus se lever le matin pour fabriquer des chapeaux était vécu comme un véritable déchirement. C’est sans doute ça l’amour d’un métier.

 

C’est alors que Jeanine et Max Rodriguez, un couple de Toulousains, débarqua et sauva l’entreprise. Mais au lieu de fabriquer des chapeaux, ils arrivèrent avec une idée novatrice : habiller des poupées folkloriques. Ils louèrent le bâtiment et le matériel, gardèrent le personnel et l’usine vit débarquer des cartons entier de poupées de toutes tailles, nues, prêtes à être habillées.

 

Pour nos couseuses, habituées à la paille du chapeau, ça aurait pu être un traumatisme…, une révolution. Mais j’ai le souvenir d’une phrase de ma grand-mère disant dans son « francoccitan » : « oh, on s’acoustume ! (sic)». Ainsi, en un rien de temps, elle passa de la paille au tissu de la robe violette de la Toulousaine (le pays des Rodriguez), de la paillole (le chapeau ancestral du Quercy) taille adulte à la paillole taille poupée, et de la violette des champs dans son panier à la violette et au panier miniatures. Mais tout ça « fait main » avec les mêmes techniques que pour le chapeau. Quelques années plus tard, à la retraite, Mémé Cécile continua à coudre des pleins sacs de violettes en tissu mauve, à la maison, tout comme soixante ans plus tôt, les soirs d’hiver, à la maison, elle tressait la paille. C’est ça le métier de travailleuse à domicile.

Ainsi naquit et vécu à Septfonds la seule fabrique d’habillage de poupées folkloriques du bassin chapelier. Ainsi naquirent les Poupées LY.

 

Mais très vite, malgré son rendement, cette immense usine s’avéra trop grande, trop coûteuse. Tout comme, dans un même temps, le dancing La Pergola s’avéra, à l’inverse, trop petit.

 

A Septfonds, on se parle et on a des idées. La famille Rodriguez acheta le dancing et y transporta son usine. Dans un même temps, les frères Montbressous achetèrent l’usine Theil-Mourgues et y déménagèrent le dancing au rez-de-chaussée.

 

L’usine Theil est cette belle bâtisse en pierre qui sera plus tard connue sous le nom de discothèque « Galaxy II » pour finir en « Le Galax » avant sa fermeture définitive récente. Le lieu aura également été, dans les étages et toujours sous la direction des deux frères, un superbe hôtel-restaurant : « Les 2 Cèdres » (écriture exacte), dans les années 1970.

 

Le jour de sa retraite, Cécile mit sa dernière violette en place dans le panier. Elle accrocha le panier au bras de la poupée déjà habillée, déjà chapeautée, les paupières battantes, toute pimpante. Une poupée prête à l’expédition. Max Rodriguez, le patron lui dit : « celle-là, vous la gardez ». Pas d’effusion, pas de grand discours, pas de champagne. Cette poupée LY, habillée, coiffée à Septfonds, de ses mains, et offerte en signe d’amitié et de reconnaissance, valait plus que tout ça.

 

Aujourd’hui on a en partie oublié l’hôtel-restaurant Les 2 Cèdres, mais les deux cèdres sont toujours là. La discothèque Le Galaxy a fermé. Michel Montbressous est retourné à Maleville et son frère André, un des premiers DJ qui n’hésitait pas à diffuser Overkill de Motorhead dans ses Altec Lancing, a pris sa retraite après avoir dirigé radio Nostalgie Montauban durant de longues années. Michel, André !,  je vous dois personnellement quatre ans de bonheur dans votre lieu.

Aujourd’hui, peu se souviennent de cette entreprise qui jusqu’à la retraite du couple Rodriguez, était la seule entreprise habillant les poupées folkloriques dans notre bassin chapelier. La marque LY a disparu et maintenant la poupée est probablement faite en Chine, violette comprise. Seuls quelques exemplaires témoignent encore de cette existence.
Mais au fait …pourquoi « Poupée LY » ?


Jeanine et Max Rodriguez ont deux fils : Laurent et Yvan.

La Congrégation des Soeurs de la Sainte Famille de Villefranche de Rouergue - 1

Les journées du patrimoine 2021 tombent cette fin de semaine, les 18 et 19 septembre. Aujourd’hui, dimanche 19 septembre, est également le jour de la Sainte Emilie, synonyme pour moi d’une page importante de l’histoire de Septfonds des XIXème et XXème siècle. Une page que peu connaissent, que d’autres ont oublié, mais que quelques unes ou quelques uns peut-être, auront encore en mémoire. Je veux parler de la présence à Septfonds des Religieuses de la Congrégation de la Sainte Famille de Villefranche de Rouergue de juillet 1860 à septembre 2002. 


C’est l’occasion aujourd’hui de parler d’une Emilie, par qui tout commença…


Emilie de Rodat était née le 6 septembre 1787,  au château de Druelle près de Rodez, dans une famille appartenant à la vieille noblesse Rouergate.  La Révolution française de 1789 l’a obligé à quitter très tôt Druelle pour aller vivre chez sa grand-mère maternelle qui lui donna une éducation humaine et chrétienne, et surtout lui apprit l’amour des pauvres. Les années passèrent et elle rejoindra à nouveau sa grand-mère, un peu plus tard à Villefranche-de-Rouergue dans une maison regroupant d’anciennes religieuses chassées de leur couvent lors de la Révolution.  Là, elle découvrit et développa naturellement ses talents d’éducatrice. 


En 1815, ayant entendu des mamans du secteur déplorer la disparition des écoles gratuites des Ursulines, elle leur dit de lui envoyer leurs enfants, et les accueilli dans sa chambre où s’entassèrent bientôt une quarantaine d’élèves. C’est alors que, le 3 mai 1816, elle fonda avec trois compagnes, la Congrégation des Sœurs de la Sainte Famille dont la mission s’étendra très vite à la visite des malades, des prisonniers, à l’accueil des orphelines et des filles en difficulté. « Par-dessus tout la charité ».


Progressivement la Congrégation va étendre ses actions dans toute la région et bien au-delà, puisqu’on dénombre une douzaine de pays (Angleterre, Irlande, Inde, Bolivie, Brésil, Côte d’ Ivoire, Sénégal, Espagne, Italie, Belgique, Liban, Philippines) à travers le monde dans lesquels des « maisons » sont implantées. Mais le siège mondial est toujours resté à Villefranche de Rouergue depuis 1817, dans l’ancien couvent des Cordeliers, au cœur de la ville.
La maison de Septfonds est née sous l’action et la demande conjuguées du curé Jean Baptiste Ser né en 1798 et décédé le 21 janvier 1888 à Septfonds à l’âge de 90 ans, et des chapeliers de la ville qui se trouvaient confrontés à un problème concernant l’emploi des femmes dans leurs ateliers. Celles-ci étaient indispensables pour des travaux tels que le tressage, la couture de la paille, activités qu’elles devaient mener de pair avec les activités de la maison et les enfants dont elles avaient l’entière charge. Pour leur part, les hommes étaient pour la grande majorité au travail dans les champs et dans les carrières de pierre de taille. L’ouverture d’une école était donc une aubaine pour les manufactures de chapeau qui voyaient là un moyen de libérer partiellement les mamans de l’éducation de leurs jeunes enfants durant une partie de la journée. 


Quant au curé Jean Baptiste Ser, en tant qu’Aveyronnais de Villefranche de Rouergue, il comprit le besoin de faire donner aux enfants une éducation solide et chrétienne. Quoi de plus naturel pour lui, que de faire appel à la congrégation Villefranchoise qui avait déjà commencé à essaimer dans tout l’est du Tarn et Garonne... 


« Accueil, éducation, soin, soutien, assistance. », tels étaient les préceptes définis par Emilie de Rodat, la fondatrice de la congrégation dont la devise est : « Par-dessus tout, la charité ». Et tout ceci dans le plus grand dénuement et la plus grande discrétion.


Texte : JML - Extraits d'une publication à paraitre prochainement.